L’art des forêts, écosite culturel et buissonnier

ecosite culturel

L’écosite culturel et buissonnier des terres d’encre

 
 
 
depuis 1999 les « écosites » sont dotés d’une charte européenne.
 
On y lit que les écosites sont :
 
 
"une initiative visant à créer les conditions et les moyens de la mise en œuvre de projets de développement durable au niveau d'un territoire donné par la valorisation des ressources naturelles, scientifiques, techniques, économiques, sociales et culturelles"
 
 
 
 
Nos lieux de vie, citadins pour la plupart, ne facilitent pas l’expérience du lien intime avec la nature et la joie qui en découle. Nos sociétés « hors-sol » ont perdu l’évidence de ce lien, pourtant essentiel à notre bien-être.
 
Matin clair, ensoleillé, léger vent du nord. Je vois bouger les pointes de cyprès.
Elles bougent plus sûrement que ce paysage du boulevard Masséna. Elles
bougent dans la mémoire enracinée au plus profond de soi comme une nécessité.
 
Pierre-Albert Jourdan, les sandales de paille
 
 
 
Nos modes de vie modernes ne facilitent pas non plus l’expérience artistique qui demande en premier, du temps et de l’espace tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’être qui réalise l’expérience. Or l’expérience artistique, qu’elle soit vécue dans le geste de création – la posture de l’auteur, de l’artiste ou dans l’émotion esthétique – la posture du lecteur, du spectateur, etc., nous est tout autant nécessaire que les grandes forêts primitives.
 
Existence et création ont partie liée, ensemble dans l’être de chacune.
 
Henri Maldiney, crise et création
 
 
 
 
 
 
souhaitant relier dans un même espace-temps nature et culture,
expérience de création et émotion esthétique,
et
souhaitant relier des gens d’ici avec des gens d’ailleurs
à travers
un paysage, une pratique culturelle, une expérience collective,
dans une optique d’écologie « globale »  nous avons pensé
l’art des forêts.
 
 
Grammaire. L’homme n’est pas seul à parler –
l’univers aussi parle - tout parle – des langues infinies.
Théorie des signes caractéristiques.
 
                   Novalis
 
 
 
 
Le signe nous est venu avant la parole et aujourd’hui encore il s’affirme comme garant de notre mémoire ancestrale tout en n’en finissant pas de rester le vecteur de la perception du cosmos et de sa symbolisation.
 
                                 Mohamed Dib
 
 
 
Dedans, dehors, que voulons-nous dire par dedans ? Où cesse le dehors ? Où commence le dedans ? …
Le dedans que nous opposons au dehors (quand nous parlons par exemple de vie intérieure) n’est nullement dedans, nullement dehors, ou plutôt seulement en un certain dedans : comme les ondes émises et reçues, il circule, et se matérialise s’il se heurte au dehors.
 
                            Philippe Jaccottet, paysages avec figures absentes
 
 
 
 
L’écologie, du grec « oikos », est l’étude de l’interaction d’un être avec son habitat et, par extension,
son environnement.
L’écologie de l’être humain est donc le rapport que nous entretenons avec le Monde.
Mais cette relation avec le monde physique, nos actes, nos comportements, ne sont que le reflet d’une relation plus subtile, plus intérieure, avec ce qui nous entoure.
 
 
L’art des forêtsse propose de mettre en place les conditions favorables à une rencontre entre la singularité de l’être et la singularité du paysage.
Si l’on pense qu’il ne saurait y avoir une écologie « extérieure » sans une écologie « intérieure », le médium choisi pour favoriser cette rencontre de l’humain et de la nature, du dedans et du dehors, de l’en-soi et du hors-soi, est l’art.
 
 
 
 
L’art des forêts vécu comme une expérience poétique.
 
 
L’expérience poétique du paysage résulte d’une interpénétration du sujet et de l’objet.
 
Ainsi :                le paysage « au  sens propre » : in situ
                        sa perception : in visu
                        sa figuration : in arte
 
Et, en horizon, la tentative de l’expérience de l’entremêlé par re-co-(n)naissance réciproque ou écho ou,     correspondance,      de l’art et du paysage.
 
 
 
 
L’art des forêts souhaite donc proposer l’expérience concomitante du paysage
in situ, in visu, in arte.
 
 
 
 
Il s’agit d’un parcours, d’un itinéraire, qui se conçoit sur deux niveaux :
 
 
 
  • D’une part un itinéraire inscrit dans un territoire / une forêt d’ubac de la vallée du Jabron située dans un domaine privé qui est aussi un refuge de protection des animaux sauvages (refuge européen ASPAS), donc un lieu paisible et particulièrement protégé (de la chasse comme de la déforestation), quoique ouvert.

     
  • D’autre part un parcours de création, c’est-à-dire tout autant le parcours solitaire du processus de création que celui commun et donc partagé, en ateliers plein ciel, du processus d’appropriation d’une œuvre.
 
 
 
 
 
Près des montagnes
les pas sur le sol
sonnent creux
 
comme pour nous rappeler
que cette terre est un tambour
 
nous devons bien surveiller nos pas
pour jouer dans le bon ton.
 
 
                   Joseph Bruchac, près des montagnes
 
 
 
L’action poétique qui nous anime peut revêtir cinq formes et plus sans doute…
 
 
 
  • La résidence d’un artiste plasticien avec création d’une œuvre in situ, in visu et in arte dans la forêt / dans « un état d’esprit land art » l’artiste tenterait de créer avec la nature et non pas à côté ni en face d’elle.
 
 
 
nulle écoute, nulle piste, nulle trace
(…)
des sons noués en énigme
(…)
oublier « le sujet », oublier l’instrument, le langage, pour accueillir quelque chose du mouvement au fond du mouvement
 
                                        Lorand Gaspar, espaces, Sud
 
 
 
  • La résidence d’un artiste photographe qui tenterait de « saisir au vol » le processus de co-création : l’artiste et la forêt et d’en porter trace par l’art de la photographie.
 
 
 
Les animaux peints sur la paroi de Lascaux n’y sont pas comme y est la fente ou la boursouflure du calcaire. Ils ne sont pas davantage « ailleurs ». Un peu en avant, un peu en arrière, soutenus par sa masse dont ils se servent adroitement, ils rayonnent autour d’elle sans jamais rompre leur insaisissable amarre.
 
                                   Maurice Merleau-Ponty, l’œil et l’esprit, Gallimard
 
 
 
 
  • L’animation de journées d’ateliers d’écriture inscrites le long de cet itinéraire comme elles longeraient un fleuve ou une rivière / ce qui sera proposé sera de passer d’un état de réception, de la forêt comme de l’œuvre – puisque reliées toutes deux par le geste plastique accordé à l’espace sensible -, à un état de création, par la métamorphose du ressenti, de l’émotion en un acte créatif : écrire.
 
 
 
J’appelle poète, j’appelle créateur tout homme qui est capable d’incorporer
Son état de sensibilité à un objet, tellement que cet objet me contraigne à passer à cet état de sensibilité et exerce par conséquent sur moi une action vivante.
 
                                   Schiller, lettre à Goethe du 27 mars 1801  
 
 
  • Parfois aussi avec écrire : peindre ou dessiner ou photographier. En effet, certaines de ces journées proposées à « un public d’écrivants » ( les personnes avec lesquelles terres d’encre travaille ainsi que les personnes nouvelles intéressées par cette action poétique spécifique), pourront être co-animés par l’un des deux artistes (le plasticien et le photographe) venus en résidence.
 
 
 
(voir précède infiniment parler.
voir fut longtemps toute la pensée.
voir, c’était mettre du ciel dans la tête.
et de l’air. tout un espace.
quand parler s’est ajouté à voir,
l’œil est passé dans la bouche.
quand écrire s’est ajouté à parler,
la bouche est descendue dans la main.
cette descente contenait aussi de l’œil,
mais contrôlé toujours par la bouche.
la main veut abolir ce contrôle :
elle veut communiquer avec l’œil
sans pouvoir intermédiaire
comme elle le fait quand elle peint.
l’image met déjà de la vue
dans l’écriture, mais cette vue n’est pas
visuelle. l’image du texte fait voir
de l’intérieur ce que les yeux n’ont jamais vu, ne verront jamais, car le ciel
interne n’a plus besoin de l’autre
pour donner à voir…)
 
                                               Bernard Noël, où va la poésie ?
 
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  • L’animation de journées de lecture : pour marcher les deux jambes sont nécessaires, pour respirer l’inspiration est aussi importante que l’expiration,
    • Pour écrire, il faut lire
    • Pour lire, il faut écrire
 
L’art des forêts se propose de mettre en place une bibliothèque nomade – en lisant des textes dont les auteurs sont des écrivains, des poètes, des artistes, des philosophes et qui ont tous comme source et horizon de leur écriture « la nature » et donc la relation intérieure et singulière, secrète souvent, précieuse toujours, de l’être humain et de ses racines végétales.
Par la lecture à voix haute, l’art des forêts s’inscrit dans la tradition orale des transmissions des mythes et récits de l’humanité qui anime ou a animé toutes les formes de société.
 
Ainsi, l’art des forêts est non seulement un lieu de pratique créative mais également, un lieu de transmission du patrimoine littéraire par des lectures publiques réalisées par nous-mêmes et parfois en compagnie de poètes ou d’écrivains à l’occasion de micro événements au fil des saisons : un itinéraire artistique dans la forêt ponctué de stations en des lieux « rares » où se donnent à entendre des textes d’ici et d’ailleurs, d’aujourd’hui ou « d’avant ». Toutes les époques sont contemporaines. Ezra Pound
 
 
 
                  (…)
Je suis un vagabond en perpétuel voyage.
Mes insignes sont un manteau imperméable, de bons souliers et un bâton coupé dans les bois 
(…)
                               Walt Whitman, feuilles d’herbe
 
 
 
 
Au milieu de l’hiver, les profondeurs de la forêt sont aussi fraîches et pures que les crevasses et les cavernes des glaciers.
 
                               John Muir, célébrations de la nature
 
 
 
 
aucune pierre ne semble être la même
et pourtant la même lenteur d’éclair habite tout
 
                     Michel Jourdan, journal du réel gravé sur un bâton
 
 
 
 
toute pierre est lampe
j’ai buté sur une pierre                       elle a éclairé  
 
                        André du Bouchet, carnet
 
 
Je reste en plein air à cause de l’animal, du végétal, du minéral qui sont en moi.
 
                                               Henry David Thoreau, Journal
 
 
 
 ecosite  atelier ecriture  carnet lecture
trois visions - chênes d’Alexandre Hollan
 
 
 
il n’y a pas de distance entre l’arbre et moi : je suis l’arbre et le pinceau se confie seulement à la sensation de cette énergie qui caractérise un chêne.
 
                                   Alexandre Hollan, l’arbre, le lieu et l’espace,
causerie au séminaire horizon-paysage, université Nanterre, 1998
 
 
 
 
 
Les horizons de l’écosite :
 
 
 
  • Valorisation des ressources naturelles : les forêts sont les principales ressources naturelles du paysage de la vallée du Jabron – par l’itinéraire mis en lumière par l’art des forêts, l’un des horizons de notre action est de sensibiliser la population de la vallée et les gens d’ailleurs à la beauté simple et fragile de ce paysage.
 
  • La municipalité de Saint Vincent sur Jabron, lieu où se situe la forêt dont nous parlons, a fait pratiquer en 2011, par des journées d’études menées par des experts, un inventaire de la biodiversité en présence sur ce territoire et l’une des conclusions est qu’il est  aussi important de protéger une telle biodiversité (présence de nombreuses espèces protégées au niveau européen et/ou national) que de protéger la canopée de la forêt amazonienne … cela laisse rêveur… et surtout, cela aide à la prise de conscience et à la responsabilisation de chacun.
 
  • Par cette valorisation des ressources naturelles à travers une forêt, nous entendons participer à l’avancée d’une « écologie extérieure » / protection de la nature / qui ne peut réellement avancer que si elle est également ancrée dans une « écologie intérieure » / correspondance intime entre l’être humain et la nature /
 
  • Valorisation des ressources culturelles : la littérature ainsi que l’art dit « plastique », la peinture, la sculpture, etc., font réellement partie de notre patrimoine. L’art nous rend le passé au présent et construit le patrimoine de demain.
 
  • Tous les passeurs, tous les pédagogues s’entendent à penser que la meilleure transmission possible quant à l’art, consiste à faire passer l’autre par l’expérience même de création afin qu’il devienne non plus seulement consommateur d’objets culturels mais également auteur, c’est-à-dire celui qui ose, celui qui acte. Et, bien sûr qu’il devienne, celui qui, par sa pratique artistique, approfondit sa sensibilité au monde qui l’entoure.
 
  • L’empreinte artistique se doit d’être aussi discrète et présente que l’empreinte laissée par les animaux sur les sentes qu’ils tracent en forêt. C’est en ce sens que l’on parlera ici, de « land art ».
 
  • La cohabitation de l’homme et des animaux, de la nature et de la culture, - cette co-présence pourrait avoir comme source et comme horizon « Hozho » : l’harmonie, ainsi que nomment les indiens Navajos cet état d’équilibre et de respect entre la nature et les êtres humains
 
  • Une autre terminologie indienne elle aussi, mais venue des Sioux Lakotas, pourrait devenir quelque chose comme « le fronton » de l’art des forêts : « Mitakuye Oyasin », « all are related », ou, « nous sommes tous reliés », ou, « tout est relié ».
 
  • Valorisation des ressources sociales : notre société, de par ses choix politiques et de par son interdépendance avec les phénomènes mondiaux, notamment avec les phénomènes qui se répercutent sur la santé économique et donc sur la santé psychique d’une population, vit des temps difficiles où de plus en plus de personnes se retrouvent en situation d’instabilité, voire de précarité.
 
  • D’expérience nous pouvons dire que l’atelier de création est un espace-temps solidaire où se tissent et se retissent des liens – des liens entre soi et soi, des liens entre soi et l’autre, des liens entre soi, l’autre et l’objet culturel mis en partage dans l’expérience créative. Et qu’ainsi, tout atelier participe à la relation entre les êtres, relation qui ne se situe pas à un niveau mondain ou artificiel mais à un niveau profond, sensible qui permet à chacun de retrouver son intégrité d’être et par là, de reprendre force et espoir.
 
  • Ainsi, participer à un atelier ciel ouvert, au cœur d’une forêt, en présence d’autres, d’arbres et d’œuvres, c’est aussi renouer avec le possible des rencontres, hors du contexte socio-économique qui peut être pesant voire inhibant, de la situation des uns et des autres.
 
 
 
 
 
L’art des forêts se pense comme une installation au fil du temps ; chaque saison, chaque année venant apporter sa pierre et participer ainsi à l’édifice de l’écosite / non pas un édifice architectural mais la création petit à petit d’un site, d’un espace poétique logé dans une forêt et comme faisant « clairière », ouverture…
 
(…) personne ne me confisquera ma clairière. Pas question de l’enfermer dans une métaphysique. C’est un mot qui touche tous mes sens. Je n’en fais pas l’objet d’une méditation infinie, je le goûte avec mes yeux, je le savoure avec ma bouche, je le laisse doucement entrer dans mes oreilles. Il est mien mais je ne le garde pas pour moi. Dans mes clairières, je ne suis jamais seul.
 
                                          Jean-Bertrand Pontalis, Fenêtres
 
 
 
 
L’art des forêts crée, au rythme des saisons et de l’inspiration, des rendez-vous discrets avec les arbres, les animaux, les silences peuplés, les êtres, la création poétique et artistique, et, le partage de cela comme une main tendue.
 
Je ne fais pas de différence entre un poème et une poignée de mains.
 
                                                                                  Paul Celan
 
 
 
formation écriture
 
 
atelier d'écriture  atelier de lecture

 

A son commencement, l’art des forêts a été soutenu par le Conseil Régional PACA.
Depuis, il vit tout seul.
En compagnie de quelques amis des bois.
 





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