Géopoétique : marche et écriture en paysage

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Nous sommes arrivés au bout de l’autoroute, du « chemin du faire » de l’Occident.
 
 
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Un monde, c’est ce qui émerge du rapport entre l’esprit et la terre.
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Le travail géopoétique viserait à explorer les chemins de ce rapport sensible et intelligent à la terre, amenant à la longue, peut-être, une culture au sens fort du mot.
 
 
Kenneth White, le Plateau de l’Albatros, introduction à une géopoétique
 
 
 
Lorsque nous disons-écrivons « géopoétique », nous faisons directement référence au poète Kenneth White car il est celui qui a créé le mot pour nommer sa recherche au carrefour des sciences, de la philosophie et de la poésie.
Pas de séparation, plutôt un lieu de convergence.
Ce lieu : la géopoétique.
 
Pour notre part et dans notre pratique, plus circonscrite, la « géopoétique » recouvre l’expérience conjointe de l’écriture et du paysage.
Il s’agit de la mise en mots du paysage que nous traversons et qui nous traverse.
Ou bien de la mise en espace des mots que porte le paysage lorsque nous l’accueillons.
Ou bien, simplement, essayer de dire quelque chose et du monde et de notre présence.
Dans la co-existence.
 
Cette pratique d’écriture est ancienne et perdure.
On peut citer Bashô, le moine ermite errant poète de l’ancien Japon comme on peut citer aujourd’hui Kenneth White bien sûr mais aussi Philippe Jaccottet ou André du Bouchet même si l’un comme l’autre n’ont pas des écritures affiliées « géopoétique » mais sont tout simplement des poètes.
La question qui nous occupe est celle de l’écriture. Est celle du monde que l’on habite et qui habite en nous. Indifféremment. Indissociablement. Et d’en être conscient. Et cette conscience vient avec la langue qui tente de la dire.
 
Notre aventure géopoétique met en place un dispositif simple : entrer dans un paysage par la marche ou la contemplation, ouvrir notre perception, écrire.
Notre filiation c’est la littérature, la poésie, la philosophie,
et c’est aussi
la peinture (d’où nous vient le mot paysage), la photographie, la sculpture et l’approche du land art – en fait, c’est le travail de l’atelier intérieur qui, de « la chose » perçue, reconstruit le monde pour qu’il soit habitable.
C’est aussi le son d’un gong qui rebondit de roche en roche ou bien saute le vallon pour ricocher sur le versant d’en face.
C’est le vol du choucas au-delà de la crête.
C’est un bourgeon, une brindille, quelques fourmis qui sillonnent une écorce.
C’est une sente de sangliers qui passe sous les ronces.
C’est un étang c’est l’océan c’est le lit sec du torrent dans l’été.
C’est immense et petit.
C’est goutte d’eau et cosmos.
 
Mitakuye Oyasin – Nous sommes tous reliés – prière Sioux Lakota
 
 
Pour ouvrir cet espace de l’écriture en paysage, nous construisons des propositions d’écriture qui s’appuient sur des textes et qui s’accordent au paysage présent.
Et nous marchons, et nous écrivons en marchant.
Et nous nous arrêtons et nous mettons en forme les textes.
et nous contemplons, et nous écrivons en contemplant.
Nous faisons silence. Nous nous mettons à l’écoute du dehors et du dedans, nous ne ressentons plus de différence et
 
nous essayons d’écrire ce qui est là.
 
 
Nous tentons une sorte d’alchimie :
            le paysage « au sens propre » : in situ
            sa perception : in visu
            sa figuration : in arte
(cf. paysage et poésie de Michel Collot, José Corti, les essais)
 
 
 
                                   La montagne, c’est la mer droite et
                                                                     sans vagues,
                                                arrêtée                   c’est la mer
                                                                            arrêtée
 
 
                                                                       André du Bouchet, carnet, Fata Morgana
 

 






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