Les veillées d'écriture

(…)

 

Ouverte en peu de mots,
comme par un remous, dans quelque mur,
une embrasure, pas même une fenêtre
 
pour maintenir à bout de bras
cette contrée de nuit où le chemin se perd,
 
à bout de forces une parole nue
 
(…)
 
Jacques Dupin, la nuit grandissante
 
 
 
La nuit d’hiver des campagnes et des montagnes résonne des silences que font les gens chacun chez soi et la porte close au froid, au noir, aux cris des oiseaux de nuit et à la lueur pâle des étoiles, quelquefois la lune en son éclat blanc accompagne les rêves et les pensées.
 
Les veillées d’écriture souhaitent faire trouées vives dans les solitudes retranchées et offrir à qui le souhaite l’occasion de se réunir et de partager les lectures, l’écriture et le souper que chacun a mitonné en pensant à tous.
 
 
Lors des veillées, les anciens partageaient des savoir-faire, des rites, des légendes, des anecdotes, tout ce qui faisait culture d’un territoire. C’était un lieu et un temps de rencontre, on y réparait les outils comme on y cuisinait comme on écoutait le conteur du groupe comme on y jouait aux dés ou bien aux cartes comme on parlait de la vie du village de la vallée de toute la contrée et on s’y tenait chaud et solidaire.
C’était un temps de vie. C’était un temps de nuit. C’était un temps d’hiver.
 
 
Le monde a bien changé dans nos petites montagnes et ailleurs. C’est ainsi. La nostalgie serait stérile qui nous laisserait dans nos nuits individuelles. Et la réanimation des veillées d’antan serait par trop artificielle maintenant que la population des villages n’est plus réunie autour d’une culture unique mais brasse mille horizons, mille savoirs, mille manières d’être au monde et d’habiter un territoire.
 
Les veillées d’écriture se proposent de réunir celles qui, de réunir ceux qui, par la culture qu’ils portent en eux ou à laquelle ils aspirent, voudraient faire partage de la littérature, de la poésie et entrer dans l’écriture,
simplement.
Et partager la chaleur de la petite communauté autour d’un dîner,
simplement.
 
Le livre est la nuit qui se ferait jour : un astre noir,
inéclairable et qui éclaire calmement.
La lecture est cette calme lumière.
La lecture transforme en lumière ce qui n’est pas de l’ordre de l’éclairement.
(…)
Le lecteur entre moins en lisant qu’obligé de prolonger, (…)
la passion d’écrire.

Maurice Blanchot, l’entretien infini

 
 
 
Comme l’on respire, - inspire puis expire - , les veillées d’écriture donnent à entendre des textes de la littérature / c’est l’inspiration / et proposent des pistes d’écriture dans le sillage / c’est l’expiration /.
Lire-écrire-lire-écrire-lire-écrire, ainsi bat le cœur de la veillée.
 
 
 
Je ne parle qu’au singulier
qu’au sanglier            à la première personne
au dernier venu
 
                                   au lecteur
inconnu derrière le masque
 
au solitaire de la harde
 
à son grognement
dans ma vitre chaque nuit
 
                                   Jacques Dupin
 





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