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L’atelier est le monde en formation.
Anne
de Staël
L’atelier
d’écriture est un lieu-espace-temps,
une expérience de création,
une recherche, un désir,
une solitude d’écrire qui rencontre d’autres,
- semblables,
un cheminement singulier dans le lieu commun de la langue,
le risque d’écrire car on ne sait rien,
la joie - loin, lorsque le mot, la phrase, le vers, le texte, le
poème, le récit, est - juste.
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Figure-toi
: tous les fragments sont entrés dans les ensembles
et leur fusion s’est opéré dans une incandescence
si pure et
si ravissante qu’aucun point n’est resté
visible.
Rainer
Maria Rilke, lettre à Elya Maria Nevar
(7 décembre 1923, fin des Elégies ) |
A l’origine, l’atelier est copeau, chute de bois sous
la varlope.
L’atelier
d’écriture c’est l’atelier et l’écriture.
L’aventure, devient ici, celle du bois devenu langue.
Il
s’agit de dégager le texte de la matière brute,
informe, chaotique.
Il s’agit, par étapes d’écriture, de lecture
et de réécriture, par rebond, ricochet, retour en
arrière et saut de côté, par palier et par échelle,
par rêverie et par essai, de déchiffrer les lignes
à venir du texte.
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Mes
corrections jusqu’ici (j’espère que cela
ne continuera pas) ne
sont pas des corrections. Il ne reste pas une ligne sur vingt
du texte
primitif (remplacé d’ailleurs par un autre).
C’est rayé, corrigé dans
toutes les parties blanches que je peux trouver et je colle
des papiers
en haut, en bas, à droite.
Marcel
Proust, lettre à Louis Vaudoyer
(du temps de la Recherche) |
L’atelier
d’écriture est une énergie.
C’est, possiblement, le lieu et le temps de concentration
des expériences dispersées de la vie.
On écrit avec son corps, sa mémoire, ses oublis et
avec ses balbutiements.
De par son élan venu des propositions d’écriture,
l’atelier permet d’entrer en écriture
sans s’inquiéter de la démesure de la tâche,
de l’ampleur et de la diversité de ce qu’il y
aurait
« à écrire ».
Les
propositions d’écriture prennent appui sur des textes
issus de la littérature, de la poésie, du théâtre,
de la philosophie, des écrits de peintres, de sculpteurs,
de danseurs, de photographes, d’arpenteurs de chemins, de
funambules des frontières, d’écrivains d’ici
et d’ailleurs, de maintenant et de tous les temps.
Quelquefois, elles trouvent leurs sources dans la peinture ou dans
le paysage.
L’écriture en atelier, comme toute écriture,
est solitaire tout autant que singulière.
Les retours sur la forme du texte, sa structure, son rythme, ouvrent,
quant à eux, l’opportunité
d’un échange fructueux.
Ces interrogations du texte permettent de sentir et de comprendre
comment et pourquoi
le texte « tient » ou « ne tient pas »,
quelles pourraient être les pistes à explorer, à
suivre
ou à éviter et quelles seraient les articulations,
les respirations à mettre à jour pour
tracer son sentier dans la forêt des signes.
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Je
ne parle qu’au singulier
qu’au sanglier à
la première personne
au dernier venu
au
lecteur
inconnu derrière la masque
au solitaire de la harde
à
son grognement
dans ma vitre chaque nuit
Jacques Dupin (hors publication en livre)
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L’atelier
d’écriture ne veut pas la reproduction d’un modèle
ou d’un style.
Il est invention de chacun dans la langue de chacun.
Il met en place des circonstances favorables à l’avènement
de l’événement écriture.
Il est attentif à la voix.
Passage, passerelle allant de l’expression à la création,
il est une voie.
L’atelier
d’écriture ouvre des portes à l’intérieur
de soi
par la co-naissance du texte et de l’auteur.
Son éthique est le garant de cette « invitation au
voyage »..
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Ecrire
commence avec le regard d’Orphée, et ce regard
est le mouvement du désir qui brise le destin et le
souci du chant et, de cette décision inspirée
et insouciante, atteint l’origine, consacre le chant.
Mais, pour descendre vers cet instant, il a fallu à
Orphée déjà la puissance de l’art.
Cela
veut dire : l’on écrit que si l’on atteint
cet instant vers lequel l’on ne peut toutefois se porter
que dans l’espace ouvert par le mouvement d’écrire.
Pour écrire, il faut déjà écrire.
Dans cette contrariété se situent aussi l’essence
de l’écriture, la difficulté de l’expérience
et le saut de l’inspiration.
Maurice Blanchot, l’espace littéraire, Gallimard
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La création (littéraire) figure l’horizon de
l’atelier.
Par là, nous voulons dire une attention passionnée
à la langue et à son processus de création,
lequel est en quelque sorte, le transport.
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L’incroyable
ne nous surprend jamais parce que c’est l’incroyable.
Emily Dickinson, Lettres, José Corti
(lettre à Thomas W. Higginson, 16 août 1870) |
pour
un complément de cette approche des ateliers,
vous pouvez aller lire ce qui s’écrit dans la rubrique
« les stages ».
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